Je suis un pigeon.

Je vous l’accorde, l’expression n’est pas jolie et ne sonne pas littéraire, mais je n’ai pas trouvé de mots plus précis pour décrire ce que je suis.

Petit aparté sur l’expression pour ceux qui ne connaîtraient pas son origine. Le pigeon désigne une personne niaise attirée dans une affaire en vue d’être trompée. L’explication des linguistes tend vers le terme « dupe ». Ce mot est une déformation de « huppe », l’oiseau qui tire son nom de sa crête et le fait de le « déhupper », contracté sous la forme « dupé » aurait rapport avec le fait d’enlever cette fameuse crête à l’animal et donc le plumer.’. Voilà, l’explication Petit Robert étant faite passons à la suite.


 

Il faut tout de même que je vous avertisse. Je suis un genre de pigeon un peu particulier alors inutile d’utiliser le formulaire de contact du site pour me demander un chèque ou un virement. Non je ne garderai pas votre Rottweiler aveugle pendant vos vacances et je ne viendrai pas chercher votre Chihuahua en Afrique parce qu’il ne supporte pas la chaleur.

 


Maintenant que les choses sont claires, on peut en revenir au sujet principal. Je vais prendre un exemple tout simple qui m’est arrivé pas plus tard que la semaine dernière.

J’étais tranquillement en train de faire mes courses dans l’hypermarché du coin, quand j’ai aperçu près du rayon multimédia, un homme assis, seul, devant une table. Aucune affiche ou information expliquant la présence de ce monsieur, mais en voyant les ouvrages déposés en quinconce sur la table, je n’ai plus de doute, c’est un auteur qui est la pour dédicacer son ouvrage. Les clients passent avec leur panier et caddie devant lui sans un regard comme s’il était complètement translucide, pire, certains font volontairement un détour en passant derrière une gondole pour ne pas se faire alpaguer par l’auteur, comme s’il était un témoin de Jéhovah en train de distribuer ses flyers.

De loin, je jette un coup d’œil aux livres, le couverture ne me donne pas envie, le thème non plus. Si je n’ai pas de genre de prédilection, il y  en a un avec lequel je dois avouer avoir un peu de mal, c’est la science-fiction. Je ne sais pas pourquoi, j’ai testé plusieurs auteurs et styles mais rien n’y fait, je n’accroche pas. Je ne dénigre pas le genre donc inutile de m’envoyer des messages incendiaires, c’est une simple question de préférence. Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas comme le dirait ma grand-mère.

 

Pour une fois, je n’ai aucune raison de revenir à la maison avec un énième ouvrage, puisque celui-ne me fait pas envie. Cependant, la mine triste de l’auteur me tord l’estomac. Je redresse la tête et lui adresse mon plus beau sourire, après tout ça ne mange pas de pain (oui, je suis une fan des expressions ). Grave erreur ! Son regard suppliant trouve le mien et lorsque je suis assez proche de lui pour l’entendre malgré l’ambiance sonore mouvementée du magasin, il me lance d’un ton amer :

“Baguettes : 72, livre : 0.”

J’ai mis quelques secondes avant de comprendre ce qu’il voulait me dire. La traduction : il comptait les baguettes que les clients achetaient dans le présentoir face à lui,  à défaut de pouvoir compter les ventes de son roman. Et là… je déglutis. Il faut se rendre à l’évidence, nous sommes dans un hypermarché, la plupart des clients ont besoin de pain pour se nourrir et non d’un roman. Je m’abstiens de lui dire et me contente d’aller vers sa table et de feuilleter son livre en espérant que son regard triste finira par s’estomper.

 

C’est gagné, j’ai droit à un immense sourire. Je ne sais pas si c’est parce que je me reconnais en lui et que j’espère ardemment que mon manuscrit Semblables trouvera son public mais sa situation me touche. Je lui demande poliment s’il n’a pas le tome 1 en stock, il me répond que non un peu confus et m’explique que son éditeur ne souhaite pas réimprimer le tome 1 et que par conséquent il ne vend plus que le deux… Vous ne m’aidez vraiment pas mon cher Monsieur. Je discute avec lui une bonne vingtaine de minutes de son parcours, de son ouvrage et vient le moment où je me sens coincée, impossible de repartir sans lui acheter son roman.

 

 Je prends donc un roman sur la table et lui demande une dédicace tant qu’à acheter un livre que je ne lirai pas autant avoir un mot de l’auteur. Ses yeux scintillent, ravi de ma demande, il prend sa plus belle plume pour m’écrire.

 

Je le remercie et repars donc vers les caisses avec le roman dans mon caddie et la sensation du devoir accompli. Tant pis pour le magnifique mascara waterproof que je devais acheter et qui vous fait des cils super longs et un volume d’enfer sans faire de paquet.

 

Je n’aurai peut-être pas le regard intense et percutant de Pénélope Cruz mais aujourd’hui, j’ai au moins le sentiment d’avoir fait une bonne action en redonnant un peu d’espoir à un auteur.

2 thoughts on “Je suis un pigeon”

  1. Il n’est pas aidé, aussi, s’il n’a que le deuxième tome à vendre. C’est vrai que ça fend le cœur, ces pauvres auteurs qui mendient un peu d’attention… Je me laissais attendrir, au début. Maintenant, je résiste, sauf si le roman m’attire vraiment. Et pour m’en assurer, j’essaie d’en feuilleter quelques pages avant de sortir mes quelques sous. C’est certes plus facile dans un salon du livre où l’on poireaute plusieurs heures (en tant qu’auteur qui mendie) que dans un hypermarché où l’on ne fait que passer, en quête de mascara (ce que je ne fais pas très souvent, je l’avoue).
    (Sinon, en SF, il faut absolument lire “Chroniques martiennes” de Ray Bradbury. Je ne suis pas moi-même fan de SF, mais Bradbury, c’est Bradbury, tout de même !)

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