J’ai mis plus de trois ans avant de parvenir à écrire cet article et encore, au moment où je vous écris, je ne suis pas certaine d’appuyer sur le bouton “Publier” à la fin de celui-ci.

Pourquoi ? Tout simplement parce que le sujet est compliqué à aborder et qu’il est assez personnel. Je peux compter sur les doigts d’une main les personnes à qui j’ai raconté l’histoire que je m’apprête à vous livrer… J‘ai longtemps hésité, je me suis rétractée plusieurs fois et puis, ce matin, j’ai été contacté par un auteur et je crois que cette conversation a été le déclic. Je sais ce que ça fait de vouloir être publié, de vouloir partager ses écrits, je sais à quel point ça peut-être douloureux… Le problème c’est que certains n’hésitent pas à profiter de cette envie démesurée et de cette souffrance pour servir leur propre intérêt.

Avant de commencer, je voulais simplement vous avertir que je ne donnerai volontairement pas de nom. Ce n’est pas la peine de me contacter pour en savoir plus. Il ne s’agit pas ici d’une chasse aux sorcières ( ou aux sorciers dans ce cas) mais simplement d’un partage d’expérience avec vous et d’une mise en garde.


L’histoire se passe il y a maintenant plus de trois ans. A l’époque, je venais tout juste de terminer l’écriture du tome 1 de mon roman “Sembables”. Je l’avais envoyé à plusieurs maisons d’édition mais pour le moment, je n’avais aucune réponse de leur part. Je ne connaissais rien au monde de l’édition et je me suis donc décidée à aller à un salon littéraire afin de me créer un réseau, récupérer des contacts et pourquoi pas rencontrer des éditeurs.

Même si je suis venue en tant qu’auteur, j’ai aussi visité en tant que lectrice le salon et c’était génial. Le lieu était super ! J’ai rencontré des auteurs, j’ai acheté pas mal de livres… mais je n’oubliais pas pour autant mon but. Ainsi, alors que j’avais flâné toute la mâtiné, je passa l’après-midi à discuter avec des maisons d’édition et à récupérer quelques cartes. Tout se passait vraiment bien.

A 18h, je commence à fatiguer et à avoir faim. Le salon était assez loin de chez moi donc j’étais partie très tôt le matin et je n’avais pas mangé de la journée. Du coup, je me dirige vers la “buvette” du salon. Je prends mon café et ma gaufre (miam). Un monsieur me bouscule en essayant d’attraper sa bière et je manque de renverser mon café. Je m’apprête à lui dire un gentil mot, jusqu’à ce que je réalise que je le connais. J’ai déjà vu son visage dans des articles car il travaille pour une maison d’édition. Je vous passe les détails volontairement. Il s’excuse, on commence à discuter de sa maison d’édition, des livres publiés, des collections…

Au fil de la conversation, j’arrive à lui glisser que moi aussi j’écris. Il se montre super intéressé et me demande mon pitch. Pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, en gros, vous devez expliquer à l’oral en 3 lignes le contenu de votre livre. Je suis dans un rêve ! Je me pince tout de même au cas où, je bois mon café, lui sa bière, il me dit que le roman l’intéresse vraiment pour sa collection, que l’histoire est géniale et hyper originale…. Il me fait plein de compliment et m’explique qu’il aimerait lire le manuscrit en entier.

Mon cœur battait de plus en plus fort, j’étais sur un petit nuage. Monsieur X, on va l’appelé ainsi, me dit qu’il aimerait continuer à discuter mais qu’il doit retourner à son stand. Je le remercie et il sort alors de son sac un stylo et une carte de visite. Dans ma tête, je pense : “Le graal”.

Il écrit un truc sur la carte et me la tend. Au moment de la saisir, j’ai un instant de bug. En effet, je remarque qu’il y a sur la carte le logo de l’hôtel ibis. Rouge, je le reconnais facilement. Il n’avait peut-être plus de cartes de visite. Sur celle-ci, il est inscrit à la main le numéro 308. Je commence tout juste à réaliser ce que Monsieur X attendait de moi. Avant de partir, il m’explique que le soir il a un dîner avec des gens de l’édition mais que ça ne devrait pas terminer tard. Il sera donc à 22h à son hôtel, chambre 308, où je pourrais le rejoindre pour discuter plus tranquillement de mon roman.

Et là, je me suis sentie juste misérable d’avoir cru ne serait-ce qu’un instant qu’il pouvait s’intéresser à mon histoire. Je me suis sentie naïve et stupide.

J’ai plutôt un caractère fort. Habituellement, je n’hésite pas à me faire entendre, je ne me laisse jamais marcher sur les pieds, je n’ai peur de rien, mais là… J’étais tellement prise au dépourvu que j’ai simplement rangé la carte dans ma poche et je suis partie le cœur en miette. J’aurais pu faire une scène, lui faire honte devant tout le monde ou au moins lui jeter sa carte à la figure mais non… je l’avais simplement rangé puis j’avais tourné les talons sans un mot. Après cela, je me suis dit : L’écriture, c’est terminé. Et ce jour là, j’ai failli tout abandonner.

Un an plus tard, la maison d’édition Plume Blanche m’a appelé pour publier mon roman Semblables. J’ai donc bien fait de ne pas abandonner !

7 commentaires sur “Le jour où j’ai failli tout abandonner”

  1. J’hallucine. Je m’attendais pas à ça en cliquant sur le lien, honnêtement, plutôt à un truc banal où on te prend de haut et te fait comprendre que seule une élite mérite d’être éditée et que tu n’en fais certainement pas partie. Et le pire, c’est que je suis sûre de savoir de qui tu parles, et que je pige toujours pas pourquoi rien n’a été fait contre ce porc.

    En tout cas, tu as bien fait de ne pas abandonner, parce que ça aurait été très dommage, et encore plus dommage de laisser ce genre de connard gagner. Au final, tu peux être très fière de toi.
    Et puis qui sait, la prochaine fois que tu le recroises… tu lui tendras peut-être toi aussi une carte, avec le numéro d’un psy ou celui d’une asso qui lutte contre le harcèlement.

    1. Merci Tiphs, tes mots me touchent vraiment… Il est certain que la prochaine fois je ne me laisserai pas faire ainsi. L’écrire ça permet aussi de tourner complètement la page, ce n’est rien de grave en soit, je suppose que ça a dû arriver à beaucoup d’autres… mais c’est toujours resté un peu coincé. Je ne sais pas si nous parlons de la même personne car je n’avais jamais rien entendu à son sujet.. mais bon peu importe.

  2. Je rêve ! La réponse de Tiphs est très très juste ! Et c’est à lui de culpabiliser. Un petit #MeToo dans ton référencement ? Bravo pour ton courage.

  3. Quelle histoire ! J’aurais trouvé intéressant que l’article se poursuive, il se termine de manière un peu abrupte car il s’arrête avec un coeur en miettes. Pourquoi ne pas le poursuivre et le terminer avec le coup de téléphone de Plume Blanche ? 🙂 Cela permettrait de donner davantage d’impact pour le côté “don’t give up” de l’article ! 🙂
    En tout cas, j’imagine que ça a été un moment douloureux à vivre !

    1. Ah oui tu as raison Djenny, Plume Blanche m’a téléphoné un an après si je calcule bien et c’était un rêve pour moi qui se réalisait enfin. Je vais ajouté quelques lignes dessus 😉

  4. Julie tu n’as pas a avoir honte de cette mésaventure mais au contraire de la manière qui te caractérise le mieux, avec dignité, et je suis certain que tu n’es pas montée chambre 308, dans ce cas ce type n’as pas gagné… Il a perdu ta confiance et ton respect et toute crédibilité .
    Quand à ta déception évidemment qu’elle est légitime, c’est regrettable mais malheureusement courant…
    Il faut se servir de ça pour avancer, passer au delà, never give UP ça c’est certain !

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