Cet article me tient particulièrement à cœur car si quelqu’un m’avait dit ce que je suis sur le point de vous expliquer, j’aurais peut-être commencé à écrire plus tôt.

J’ai longtemps cru que l’écrivain était un être à part, né avec un don inné que serait l’écriture, un talent qui ne peut pas passer inaperçu, détectable à la minute, un peu comme Mozart qui à quatre ans écrit son premier menuet et à onze ans son premier opéra. Je me suis toujours dit que l’on ne pouvait pas devenir écrivain mais que l’on naissait écrivain, comme si l’écriture était une question de gènes. Certains ont le gène de l’orthographe, d’autres ont la fibre artistique et peuvent dessiner à main levée n’importe quoi, certains ont l’oreille musicale et puis il y en a qui ont le gène de l’écriture, les chanceux.

Dans mon imaginaire, l’écrivain se réveille un beau matin pour écrire son roman, stimulé par le génie créatif ou par une étincelle divine durant sa nuit. Je l’imaginais s’asseoir dans son grand bureau et taper sur son clavier des centaines de mots à la minute avec une fluidité et une facilité telles, que le geste s’apparenterait à celui de respirer.

Respirer c’est simple, c’est vital et personne ne vous dit comment faire.

Même si j’ai toujours aimé écrire, à l’époque je ne voyais pas l’intérêt de me lancer dans l’aventure. Certaines personnes sont faites pour écrire d’autres non. Je n’ai jamais eu la prétention de croire que j’avais la chance d’avoir cette capacité. Autant vous dire que si j’avais eu un don je le saurais non ? Ou quelqu’un m’en aurait informée ? Je ne sais pas si c’est par manque de confiance en moi ou tout simplement par complexe face à mes modèles littéraires mais je n’ai jamais osé me lancer dans l’écriture. Tout ça, jusqu’à ce jour où je me suis dit : “Je m’en fiche, j’ai envie d’écrire et je vais le faire pour moi”.

Aujourd’hui, je peux vous le dire haut et fort : “Le don de l’ écriture n’existe pas”.

Je ne dis pas qu’il n’existe pas de particularités facilitant l’écriture, certaines personnes sont plus créatives ou ont plus de facilité à construire une intrigue. Cependant, il faut se rendre à l’évidence, au mieux on peut avoir une prédisposition mais ça ne suffit pas. Avoir un don signifie que l’on n’a pas besoin de travailler pour mettre en pratique ce don, mais voyez-vous tous les écrivains travaillent et retravaillent leurs textes : il n’y a donc rien de magique.

Écrire un texte, c’est comme fabriquer un vase pour un potier. Au début vous avez un gros bloc d’argile, ça ne ressemble à rien, puis à force de le tailler, de retravailler la matière vous arrivez à créer un vase.

Je me suis longtemps demandé pourquoi je pensais que l’écriture était un don et aujourd’hui j’ai trouvé la réponse, c’est l’aisance. Je vais vous donner un exemple et je suis persuadée que vous allez très vite comprendre ce que je veux vous dire.

S’il vous arrive de regarder le sport à la télévision, on voit parfois du patinage artistique (j’aurais pu prendre un autre sport mais peu importe là c’est le patinage) . Ils virevoltent dans les airs, enchaînant les pirouettes et les figures et devant votre poste de télévision vous avez la sensation que tout semble si simple. Je vous conseille d’aller à la patinoire de votre commune pour essayer, moi je l’ai fait et ce n’était pas concluant... Pas la moindre trace de sueur sur leur front, pas de sourire crispé, c’est comme s’il ne faisait pas le moindre effort : l’aisance, je vous dis. Mais voilà, ce n’est pas qu’ils sont nés pour ça, leur corps n’est pas constitué différemment du nôtre de manière à faciliter leur pratique sportive. Ils ont travaillé pour arriver à ce résultat. Des milliers d’heures à répéter chaque mouvement, à étudier chaque figure.

Donc, pour en revenir à l’écriture, si vous lisez un roman et que vous avez le sentiment que toutes les phrases s’enchaînent à la perfection avec fluidité, c’est que l’auteur a passé des heures à réécrire et à retravailler son texte pour que ce soit le cas.

“L’écriture, ce n’est pas un don. C’est quelque chose que je dois aller chercher.” Georges Perec


 Rassure-toi, tu es bien un auteur :

 

  • Si arrivé à la 252e page tu es pris d’un doute sur l’un de tes personnages secondaires. Avait-il les cheveux bruns ou blonds ? Plutôt bourru ou aimable ?
  • Si tu viens d’appuyer sur la touche supprimer de ton ordinateur pour effacer les 10 DERNIÈRES pages que tu avais pourtant péniblement écrites la veille a la sueur de ton front.
  • Si tu as une feuille posée près de ton ordinateur avec toute une liste de verbes de dialogue, ça marche aussi si tu as cette liste sur ton ordinateur dans tes favoris.
  • Si tu passes dix minutes à chercher comment remplacer “dit-il” et qu’aucun verbe ne parait convenir…
  • Si tu fais des recherches bizarres sur google (du type comme tuer un homme avec un couteau de cuisine, comment frabRiquer une mine artisanale) en espérant que le GIGN ne va pas débarquer chez toi.
  • Si tes amis te prennent pour un fou parce que quand ils te proposent de sortir,tu leur réponds “Je ne peux pas, ce soir,j’écris” et que tu te rends compte que “je ne peux pas, ce soir j’ai piscine ou j’ai poney” passerait cent fois mieux a leurs yeux.
  • Si tu as déjà essayé de retenir ta respiration dans l’eau jusqu’à L’ASPHYXIE, juste pour pouvoir savoir ce que ton personnage va endurer lors de sa noyade dans ton prochain chapitre.
  • Si l’un de tes personnages A le nez en trompette de ton frère, les yeux en amande de ton ancien amoureux, la passion pour les ÉCLAIRS au chocolat de ton cousin.
  • Si tu as déjà vécu l’un de ces dialogues :
    – Chéri, tu n’as pas un synonyme pour éclatant ?
    – Bah je ne sais pas ardent.
    – Non, ce n’est pas pareil.
    – Étincelant ?
    – Non, là c’est un peu trop.
    – Bon, j’en sais rien moi, je ne suis pas Larousse !

     

    -J’ai l’impression de l’avoir déjà lu 20 fois ce passage.
    -Non, non je t’assure ce n’est pas le même texte, cette fois j’ai complètement changé la description afin de plonger plus facilement le lecteur dans l’univers, tu vois, pour faire comme s’il était à la place de l’héroïne. Le point de vue est totalement inversé et j’ai vraiment voulu jouer sur les cinq sens, les sensations…
    -Oui, enfin c’est toujours l’histoire d’un mec qui mange une pomme ?
    -Heuu en gros… oui.
  • Si tu as inventé un mot pour decrire un objet imaginaire dans ton texte mais que tu ne te souviens plus de L’ORTHOGRAPHE exacte de celui-ci.Merci le raccourci recherche de word : ctrl+F .
  • Si tu te rends compte que tu as utilisé dix fois le mot grogner sous toutes ses formes dans les deux dernières pages de ton roman…ok ton etat d’esprit d’aujourd’hui TRANSPARAÎT peut-etre un peu trop dans ton texte…

J’espère que cet article vous sera utile, il me parait nécessaire de dédramatiser et démystifier l’écriture afin que d’autres auteurs puissent eux aussi prendre conscience que l’écriture n’appartient à personne.

Alors si vous en ressentez le besoin ou l’envie, n’attendez plus, lancez-vous dans l’écriture et surtout donnez vous les moyens de réussir !

6 thoughts on “Le mythe de l’écrivain”

  1. Ton texte me touche vraiment beaucoup, je suis toujours en train d’écrire mais je n’ai jamais rien faire lire. Je ne me sens pas légitime pour cela… mais je crois que ça va changer, un jour 🙂

  2. A mon sens, le problème se pose un peu différemment. Tout le monde a des idées intéressantes, mais ce qui fait la différence entre tout le monde et l’écrivain, c’est que ce dernier est disposé à passer des centaines d’heures pour structurer ses idées en un texte construit, et ça, ce n’est pas donné à tout le monde. En somme, je vous rejoins sur le fait qu’on ne nait pas écrivain, mais je pense aussi que tout le monde n’a pas la patience pour le devenir. De la même manière, je crois également qu’à travail égal, le résultat n’est pas le même, ce qui d’ailleurs se révèle vrai dans d’autres domaines: vous parliez de patinoire, ou de musique, et bien il me semble qu’à nombre d’heures égal, certaines personnes aboutiront à des résultats très bons, voire excellents, quand d’autres parviendront à livrer un travail bien fait, mais sans le petit plus. Et en soi, je trouve ça plus rassurant, non pas parce que ça signifierait que certains sont meilleurs que d’autres, mais parce que ça nous rappelle que chacun a des capacités et un potentiel unique, qui fait d’elle/lui quelqu’un de singulier. S’il suffisait de travailler le même nombre d’heures pour pouvoir tous devenir écrivain, musicien, peintre, il manquerait, à mon sens, cette diversité qui fait qu’on a tous à apprendre des autres.

    Merci en tout cas pour cet article qui ouvre la réflexion.

    1. Oui je suis d’accord avec vous, je me suis essayé par exemple au dessin pendant des années, je me suis acharnée mais le résultat était vraiment décevant… il y a donc des prédispositions qui aident. Et puis, c’est une question de caractère, de temps, d’envie, tout le monde peut écrire mais tout le monde ne peut pas forcément écrire pour être lu, je vous rejoins totalement sur ce point.

  3. La belle écriture n’est pas un don du ciel, cependant certaines dispositions d’esprit font qu’à force de lire ou de travailler l’écriture, de manipuler la langue, de l’étudier, de la disséquer, de la comparer, l’on finit par créer des bulles où l’écriture jaillit limpide et naturellement belle et quasi sans effort.

  4. Bravo Julie! Très bel article , peaufiné avec finesse au même titre qu’un roman … L’écriture bien sur c’est d’abord du travail mais l’envie et le besoin d’écrire naissent d’un don… ce don il faut l’entretenir, le travailler encore et encore …

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