Je suis convaincue qu’il existe des centaines de bonnes raisons de se lancer dans l’écriture et que celles-ci peuvent évoluer au fil du temps, mais je suis également persuadée qu’il y en a de mauvaises. Un peu moins nombreuses, certes, mais elles existent et animent parfois les auteurs qui se lancent pour la première fois dans l’écriture et c’est dommage, car pour la majorité des cas, elles ne conduiront que vers de la frustration et de la déception.

C’est pourquoi j’aimerais partager avec vous les 3 raisons qui me paraissent les plus mauvaises. Si vous vous reconnaissez dans l’une d’elles, je ne vous conseille pas d’arrêter brutalement l’écriture, mais plutôt de mûrir votre projet et de vous remettre en question, et si vous n’en avez pas envie, c’est vous qui voyez, c’est votre vie après tout.

Attention, conseils à prendre avec légèreté et humour… comme toujours.

1.  Pour l’argent

Je pense que cette raison est la pire qu’il soit, car il y a 99,9999% de chances que vous enchaîniez les déceptions et que vous frôliez l’anéantissement en constatant que non seulement le marché du livre n’est pas dans sa meilleure forme, mais qu’un auteur débutant ou non, ne gagne pas grand-chose…

.La répartition des gains pour un ouvrage imprimé

Pour que vous puissiez comprendre la répartition des gains dans la vente d’un livre, j’ai réalisé un graphique basé sur un ouvrage dont le tarif serait de 20 euros.

Vous remarquerez que l’auteur gagne à peu près entre 6 et 10% du prix de son livre en fonction du pourcentage négocié avec son éditeur. Il est également possible que l’éditeur rémunère celui-ci avec un pourcentage de rémunération progressif.

Exemple :

  • 500 premiers exemplaires 6%
  • 500 à 1000 exemplaires vendus 7%
  • 1000 à 3000 exemplaires vendus 8%
  • etc.

Donc pour récapituler, imaginons que votre premier ouvrage se vende à 1000 exemplaires ( je sais ça ne vous paraît pas beaucoup, pourtant pour un premier ouvrage c’est énorme ! En effet, la fourchette moyenne haute se situe plutôt entre 500 et 800 exemplaires pour un premier roman) au tarif de 18 euros et que vous êtes rémunéré à 6%. Cela vous fait 1080 euros. En sachant que l’écriture d’un livre prend des centaines d’heures si ce n’est pas des milliers répartis sur plusieurs années… autant vous dire que le taux horaire serait de quelques centimes. Et j’ai la gentillesse de ne pas déduire de cette somme, tous les frais personnels engendrés par l’écriture et la recherche d’éditeur : l’impression de vos manuscrits, les frais d’envois, etc.

Il est également important de savoir qu’un auteur n’est rémunéré que 12 mois après le lancement de son livre. Les revenus ne sont en effet calculés qu’au bout d’une année de vente, une fois les invendus récupérés.

Très peu d’auteurs vivent de leur plume. Pour ma part, je n’en connais aucun qui n’ait pas une activité ou un emploi en parallèle en complément de revenu.

Ce sujet me rappelle d’ailleurs une interview de Russel Banks, célèbre écrivain américain. Lorsqu’un journaliste lui demande quels sont ses conseils pour les futurs auteurs, il répond simplement :

Ne quittez pas votre job, c’est le principal.

Donc si votre seul objectif est de gagner de l’argent et devenir riche grâce à l’écriture, je vous conseille fortement de choisir un autre métier plus lucratif.

PS : Je vous interdis de vous moquer de mon graphique Excel, voilà des années que je n’en avais pas réalisé… autant vous dire que ça ne m’a pas manqué.Impossible de mettre les couleurs souhaitées, la palette est restreinte à des teintes vieillottes, l’accent sur le E crée un décalage, je suis obligée de le retirer… Je sais, je sais, ce n’est pas un logiciel graphique, mais bon tout de même !

2. Pour la reconnaissance

On a tous besoin de reconnaissance, c’est humain. C’est pourquoi, je suis assez d’accord avec Aristote quand il explique que l’homme est un animal social. L’homme a  ce besoin d’appartenir à quelque chose de plus grand que lui, à un groupe, à une famille. D’ailleurs, ce besoin d’intégration dans le lien social va de pair avec le besoin de reconnaissance.

Je ne vais pas vous parler ici du besoin d’estime naturel, celui que nous rencontrons tous un jour où l’autre, mais du besoin pathologique d’être reconnu pour ses talents par ses pairs, par sa famille, ses amis et par le monde entier. Je vais vous parler de l’envie de devenir célèbre grâce à l’écriture.

Vous souhaitez devenir célèbre et vous avez fait le bilan de vos atouts et compétences. Vous avez bien pensé à faire The Voice, mais votre voix ne vous le permet pas. Vous n’avez jamais été bon en sport, donc on peut tout de suite rayer les JO… En art plastique, vous n’avez jamais dépassé le onze sur vingt. Vous avez bien tenté de devenir un as de la guitare, mais une plainte pour nuisance sonore vous en a empêché. Vous avez alors jeté votre dévolu sur l’écriture, car après tout, tout le monde sait écrire. Vous le sentez, vous êtes le prochain Guillaume Musso, à vous la gloire et les paillettes.

Il ne faut pas se leurrer, écrire un roman, c’est long et compliqué. Il vous faudra une motivation en béton armé pour aller au bout de votre projet. L’écriture est un processus semé d’embûches où vous côtoierez les doutes, la peur, l’incertitude et parfois même la déception.

Alors même si je vous souhaite beaucoup de réussite dans votre projet, il y a de fortes chances pour que votre beau scénario ressemble à ça :

Ça y est, c’est le grand jour. 9h pétante, vous vous lancez dans l’écriture de vos premiers mots, premières phrases. Pour vous l’aventure commence, vous êtes surmotivé et rien n’y personne ne pourra vous arrêter.

J+10  Pour le moment vous bloquez un peu, impossible d’aligner des idées cohérentes en plus vous gardez vos séances d’écriture secrètes.C’est un peu honteux, vous ne vous sentez pas légitime à cette tâche et lorsque vous vous sentez légitime, les autres ne manquent pas de vous rappeler que vous n’êtes pas vraiment auteur, car pour le moment … vous n’avez rien publié.

Votre samedi soir, tous comme les autres soirs de la semaine, est réservé à l’écriture.Vous passez moins de temps avec vos amis qui vous reprochent de rester enfermé dans votre tour d’ivoire, tout ça pour écrire… c’est tout de même étrange.

6 mois sont passés, vous venez de terminer votre premier jet à l’encre de vos veines et à la sueur de votre front. Vous claironnez partout la bonne nouvelle dans l’attente d’un minimum de reconnaissance, mais rien. Lorsque vous annoncez fièrement que vous venez de terminer votre premier roman, personne ne vous applaudit, vous êtes déçu.

Après deux années, 200 heures corrections, 40 envois de manuscrit , 30 réponses négatives et 0 coup de fil, vous réussissez enfin à trouver un éditeur qui accepte de publier votre ouvrage. VICTOIRE.

Votre roman publié, la célébrité n’est pas au rendez-vous, personne ne vous arrête dans la rue pour vous demander une dédicace. En y pensant, on ne voit pas beaucoup Marc Levy ou Anna Gavalda dans les magazines people, une grande majorité des lecteurs serait bien incapable de les décrire.

Tant pis, vous vous êtes résigné, vous avez abandonné vos rêves de célébrité et vous vous dites que l’admiration de votre entourage sera suffisant pour combler votre besoin de reconnaissance. Lorsque vous expliquez votre parcours à vos proches, vous vous attendiez à voir une lueur de fierté dans leurs yeux, mais rien… Sans compter que les brèves félicitations que vous recevez sont toujours suivies de cette même phrase qui vous achève à petit feu :  moi aussi je voulais écrire un roman, mais je n’ai pas eu le temps.

Tout cela pour dire que je pense qu’il est important d’écrire pour soi avant tout, s’il n’y a pas de plaisir à l’écriture, il n’y en aura pas à la lecture. Et si vous souhaitez toucher du doigt la célébrité, passez votre chemin. Dans ce cas là, pourquoi ne pas participer à une émission TV ou vous inscrire à des cours de théâtre ?

3. Par curiosité

Je l’ai mise en numéro 3 car c’est sans doute la moins mauvaise raison de la liste et pourtant si vous écrivez uniquement par curiosité pour l’envie de voir ce que ça fait d’écrire un ouvrage, il y a de fortes probabilités pour que vous n’arriviez jamais au bout de votre projet et que vous vous fâchiez avec l’écriture. Pourquoi la curiosité seule est-elle une mauvaise raison ? Tout simplement parce que la curiosité à ses limites et que l’écriture d’un roman est long, très long. Si vous pratiquez l’écriture automatique, que vous n’avez pas un scénario, de personnages en tête ou même une idée de ce que vous allez écrire, vous allez vite tourner en rond.

Le mieux dans ce cas-là est de débuter l’écriture par la poésie, par des nouvelles ou encore des fan-fictions si vous n’avez pas d’idée de thème à aborder. Inutile de vouloir mettre la charrue avant les bœufs (oui je suis une grande fan des expressions) et de débuter par l’écriture d’une trilogie du type Seigneur des Anneaux.

Loin de moi l’idée de vous décourager avec cet article, l’écriture peut aussi être un moment magique, mais ce serait dommage de le gâcher par un manque d’information ou un projet peu abouti. Maintenant que vous en savez un peu plus, dites-moi :

Pourquoi écrivez-vous ?

2 thoughts on “Le top 3 des plus mauvaises raisons de se lancer dans l’écriture”

  1. Je ne peux pas le nier, au début, du haut de mes trente ans, j’étais un peu naif. Je ne demandais pas la gloire et les paillettes mais au fond de moi je pense que je demandais de la reconnaissance. Cette phase passée; désormais, j’écris pour le plaisir de créer et de raconter.

N'hésitez pas à laisser un commentaire...ça fait toujours plaisir ;)

%d blogueurs aiment cette page :